Cette tribune rassemble des professionnels de la filière vitivinicole française autour de la question de la dénomination des variétés Bouquet.
Elle ouvre également un débat plus large sur le choix des dénominations variétales, la place accordée aux professionnels dans ces décisions et les enjeux réglementaires qui en découlent. Autant d'éléments susceptibles de favoriser ou de freiner l'adoption des innovations issues de la recherche, un défi essentiel pour l'avenir de la filière.
Juin 2026
Variétés Bouquet : comment saborder une réussite française en 5 noms ?
Quarante ans de recherche ;
De l’argent public et des fonds professionnels investis ;
L’une des innovations variétales les plus prometteuses de la viticulture méditerranéenne ;
Et pour les baptiser ? Bouquet Cherry, Bouquet Gold ou Bouquet Fancy.
Nous refusons ce naufrage.
Nous sommes viticulteurs, vignerons, négociants, œnologues, directeurs ou techniciens de caves coopératives, marketeurs, pépiniéristes ou salariés de la filière viticole, et tous citoyens responsables.
Nous vivons du vin. Nous en vendons et en achetons. Et tous, nous sommes convaincus par les variétés Bouquet.
Elles sont sans équivalent aujourd’hui. Excellente résistance au mildiou et à l’oïdium, permettant de réduire drastiquement les intrants phytosanitaires, les émissions de CO2 et les coûts de production. Leur productivité est élevée et, surtout, les vins présentent un très haut niveau qualitatif, avec une signature résolument méditerranéenne. Elles incarnent une promesse tangible dans un ciel qui ne cesse de s’assombrir.
Pourtant cette promesse est aujourd’hui mise à mal. Bouquet Cherry, Bouquet Gold, Bouquet Fancy... : les dénominations proposées récemment par l'INRAE, au travers de sa filiale Agri Obtentions, compromettent grandement leur potentiel de diffusion.
Pour être bus, les vins doivent être achetés. Pour être achetés, ils doivent être vendus. Pour être vendus, ils doivent être plantés. Basique.
A chacune de ces étapes, une seule porte d’entrée : le nom. La dénomination d’une variété de vigne n’a rien d’anecdotique : elle en détermine l’avenir. Elle est stratégique et ne se décrète pas. Elle exige de la compétence et une connaissance des marchés. Un nom doit raconter une histoire avant de devenir une marque établie. Il doit parler, avoir de la substance et ne pas être vide de sens.
Les variétés Bouquet réunissent tous les ingrédients pour réussir l’exercice. Elles disposent d’un capital identitaire exceptionnel. Nées en Languedoc il y a plus de vingt ans du travail visionnaire d’Alain Bouquet, elles se sont imposées par leurs qualités intrinsèques et grâce à l’obstination de quelques hommes qui y ont cru.
Les dénominations proposées tournent le dos à cette identité. Elles ne disent rien d’une origine, d’une parenté, d’une histoire. Elles auraient pu être créées n'importe où dans le monde. Ce qui est certain, c’est qu’elles ne feront ni vendre, ni planter ces variétés. On ne construit pas l'avenir de la viticulture avec des noms hors-sol.
Cette décision rompt avec l'héritage d'Alain Bouquet qui défendait des « variétés résistantes aux maladies et non au consommateur », avec les attentes de la filière et avec les engagements pris par l’INRAE qui avait acté la contribution des professionnels dans le choix des dénominations des variétés Bouquet.
Vive le Grenache Bouquet !
Grenache Bouquet, Chasan Bouquet, Servadou Bouquet et Petit Bouquet pour le G9 : telle a été cette contribution.
Aujourd'hui, on veut nous faire croire que la reprise du nom d'un parent dans la dénomination de sa descendance n’est pas autorisée et qu’elle créerait une confusion pour le consommateur.
Une des variétés les plus plantées au monde porte le nom de son père et de sa mère. Il s’agit du Cabernet Sauvignon. Cette réalité n'a jamais empêché sa diffusion ni créé la moindre confusion. Dans le monde, il existe plus de 20 variétés qui utilisent le mot Cabernet dans leur dénomination. Malgré tout, on sait ce qu’on plante, ce qu’on achète et ce qu’on boit. Des parents « Muscat » ont donné leur nom à douze variétés quand la progéniture du Sauvignon affiche sa parenté dans dix variétés.
Le droit européen autorise ce que l'administration française interdit
L’Europe, qui a la compétence dans ce domaine, prévoit explicitement la possibilité de reprendre tout ou partie de la dénomination d'une variété existante lorsqu'une relation biologique entre les variétés concernées est établie.
Or les variétés Bouquet disposent précisément d'une généalogie connue, documentée et incontestable.
La position actuellement défendue en France repose sur une interprétation restrictive du droit européen. Cette lecture n'est ni unanimement partagée par la filière ni pleinement cohérente avec les pratiques observées ailleurs en Europe et dans le monde.
Combien de temps encore la France choisira-t-elle de s’imposer des règles qui ne figurent ni dans le droit européen ni dans les pratiques de nombreux États membres ?
Acte de résistance
Parce que l’enjeu est grand ;
Parce que les conséquences sont graves ;
Parce que la voix des professionnels n’est pas que du lobbying : c’est aussi de la compétence ;
Nous exprimons publiquement notre opposition aux dénominations proposées.
L’ADN des variétés Bouquet est fait de résistance. Mais de quel côté vient-elle réellement aujourd’hui ? Si elles sont nées d'un acte de résistance scientifique et vigneronne, leur diffusion ne doit pas devenir un exercice de résistance administrative.
Signataires
Toute personne souhaitant soutenir cette démarche peut rejoindre les signataires en complétant le formulaire suivant :